Le « Tanit », plus grand ferry du monde, fait l’objet d’un bras de fer entre le chantier Daewoo et la Compagnie tunisienne de navigation. (photo Thibaud Teillard)
Le « Tanit », plus grand ferry du monde, fait l’objet d’un bras de fer entre le chantier Daewoo et la Compagnie tunisienne de navigation. (Photo : Thibaud Teillard)

Epreuve de force autour du « Tanit », ferry géant tunisien

Livré le 28 mai 2012 par le chantier sud-coréen Daewoo à la Compagnie tunisienne de navigation, le Tanit est à ce jour le plus grand ferry du monde en termes de capacité passagers (3 200). Sauf que cette capacité ne peut être utilisée à plein, voire pas du tout, préconise un cabinet d’expertise, Beta Marine.

Mandaté par la compagnie pour réaliser une pesée exceptionnelle consécutive aux nombreux défauts (vibration, bruit, surconsommation) constatés, le cabinet de Tunis, faute de savoir si le Tanit répond ou non aux normes de sécurité, demande aux autorités tunisiennes de lui retirer « immédiatement » le permis de navigation. La raison ? La pesée laisse apparaître un surpoids de 819 tonnes, soit plus de 4 % du poids du navire.

Dans son rapport daté du 16 janvier dernier, Beta Marine évoque des risques de défectuosités de structure « dans des délais assez rapprochés » et évoque déjà des symptômes : « Cassures fréquentes et non expliquées des vitres et quelques départs de fissurations. »

Pour l’expert, il faut donc réduire de 40 % la capacité commerciale du ferry, actuellement en hivernage à Marseille. La remise en service de ce navire de 619 cabines est d’ores et déjà repoussée : la CTN l’a déjà remplacé par son autre ferry, le Carthage, pour toutes les traversées prévues en mai prochain.

Un bras de fer est engagé entre la CTN et Daewoo. De fait, deux ans et demi après sa livraison, ce navire n’est pas encore définitivement réceptionné.

Commandé à l’ère du régime autoritaire Ben Ali et financé à 80 % par BNP Paribas et la Société générale, le Tanit coûte cher à exploiter. La CTN, qui a encore des cautions sous la main non libérées, recherche à obtenir une responsabilité de Daewoo pour réduire la facture. « Il y a clairement un différend entre l’armateur et le chantier », indique au marin Bureau Veritas, qui a classé le navire. Pour autant, selon le groupe français, « cet écart de poids était connu dès la livraison y compris des autorités maritimes mais ne remet pas en question la sécurité du navire ».

Dans son rapport, Beta Marine indique que Bureau Veritas a approuvé sans commentaire ni observation cette pesée en demandant d’inclure les 819 tonnes dans le logiciel du ferry et en recommandant un nouveau test d’inclinaison. Tant que ce test n’aura pas été effectué (opération recommandée en date du 20 janvier 2015 comme l’indique la base de données Equasis), l’expert suggère d’interdire la réception définitive du Tanit.

La Compagnie tunisienne de navigation précise « qu’elle a fait procéder à titre préliminaire et purement indicatif à la pesée et ce dans l’attente de la pesée officielle qui est programmée à Marseille au courant de la semaine du 23 au 27 février par le chantier sud-coréen Daewoo SME. Cette pesée devait avoir lieu en présence des représentants de la CTN, des autorités maritimes tunisiennes, des experts de la société de classification Bureau Veritas et d’un bureau d’experts français. Le navire étant actuellement en hivernage à Marseille, il est commercialisé pour être exploité dans toute sa capacité. Il est toujours sous garantie, aux dépens des résultats de sa pesée et en cas de surpoids, le chantier DSME est tenu de prendre toutes les mesures conformément aux spécifications techniques et au contrat de construction de ce navire ».

 

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