La fonction première de la pêche, comme de l’agriculture, est l’alimentation. En veillant l’une comme l’autre à leur impact sur la biodiversité. (Photo : Bertrand Tardiveau)
La fonction première de la pêche, comme de l’agriculture, est l’alimentation. En veillant l’une comme l’autre à leur impact sur la biodiversité. (Photo : Bertrand Tardiveau)

Gouvernement : la pêche dans les filets de l’agriculture

Ça y est, c’est tranché : le secteur de la pêche et de l’aquaculture retourne dans le giron du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Au grand soulagement du comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM) qui l'annonce. « Nous sommes satisfaits », commente Gérard Romiti, son président.

Après une longue attente, qui traduit la bataille qui s’est jouée, la pêche quitte donc la tutelle de l’environnement qu’elle avait rejoint, avec les autres secteurs du maritime – défense mise à part -  depuis 5 ans. Et ce, malgré les efforts jusqu'à la dernière minute de Ségolène Royal, de son successeur Nicolas Hulot et d’ONG pour qu’elle y reste.

De son côté le CNPMEM tenait à retourner comme auparavant à l’agriculture et l’avait clairement expliqué durant la campagne présidentielle. D’abord, parce que le ministère de l’agriculture comprend l’alimentation, fonction première de la pêche. Il s’agit pour Gérard Romiti de « défendre notre droit à produire, pour nourrir des gens ». D’autant que le nouveau ministre Jacques Mézard a déjà annoncé des assises de l’alimentation.

Ensuite, parce que dans le cadre des négociations sur le Brexit, « pêcheurs comme agriculteurs seront impactés », avec des enjeux de même ordre, de production et de marché ; cette organisation permettra de mieux les défendre, estime le représentant des pêcheurs.

Enfin, parce que dans la plupart des grands pays de pêche en Europe, des ministres ont en charge à la fois l’agriculture et la pêche. Mieux vaut négocier entre homologues, se rencontrer régulièrement, avec des équipes travaillant sur les même dossiers. Et il y a des similitudes entre la Pac (politique agricole commune) et la PCP (politique commune de la pêche), deux politiques intégrées. « En Européen convaincu, je suis sûr que ça va être plus simple à gérer pour des dossiers comme le Brexit ou les négociations des quotas de pêche de fin d’année. » Gérard Romiti demandera à être reçu le plus vite possible par la nouvelle équipe pour aborder ces questions.

Face aux critiques, « il n’y a pas d’antinomie entre être à l’agriculture et pratiquer une bonne gestion de la ressource, répond Gérard Romiti. Et ça ne veut pas dire qu’on a fait du mauvais boulot durant ce quinquennat, avec nos interlocuteurs au ministère de l’environnement. On a bien travaillé ensemble, et on va continuer. » Évidemment, « la pêche aurait eu toute sa place dans un grand ministère de la mer », ajoute-t-il encore. L’économie maritime se retrouve morcelée, à son grand regret.

Solène LE ROUX