Vidéo : « Océans, la voix des invisibles »

Regardez ce petit film de deux minutes. Il vous donnera un avant-goût du documentaire de Mathilde Jounot qui entre en production. Il racontera l’histoire d’une journaliste qui doit faire un sujet sur la pêche durable, démarre sur la surpêche, creuse… et réalise qu’elle se met le doigt dans l’œil.

Elle finit par découvrir le rôle que jouent des banques, des multinationales, qui financent des ONG et manipulent l’opinion pour en fin de compte privatiser la mer. Que ces mêmes fonds de placement s’approprient des réserves pour profiter des actions carbone qui risquent d’arriver, peut-être dès la Cop 21. Sous couvert environnemental. « Ce n’est pas toujours l’idée mise en avant la bonne. Il faut toujours se demander à qui profite le crime. »

Un sujet défendu notamment par Alain Le Sann du collectif Pêche & développement et du festival du film Pêcheurs du monde, et plusieurs fois relayé dans nos colonnes (voir les liens ci-dessous). « J’ai voulu accompagner ces gens qui se battent, donner la parole aux invisibles, en fait les pêcheurs, explique Mathilde Jounot. Que l’accusé vienne à la barre témoigner de ce qui se passe en réalité. Et rendre ce sujet accessible à tous, pour que le consommateur comprenne ce qui se passe vraiment. »

Des exemples ? On retrouve des mêmes ONG derrière le Partenariat mondial pour les océans et parmi les donateurs de la Fondation Walton, liée à Walmart. Des ONG sont aussi derrière le rachat de la dette des Seychelles en échange de la création de la plus grande réserve mondiale, et les pêcheurs n’auront plus qu’à pleurer… Et de grandes fondations anglo-américaines se préoccupent soudainement de la gestion de la coquille Saint-Jacques, pourtant déjà admirablement gérée par les pêcheurs eux-mêmes en France…

 

Des solutions proposées

 

Des producteurs à qui Mathilde Jounot a proposé ce sujet l’ont trouvé génial… mais pas assez alarmiste ! Le grand public, croient-ils, ne voudrait pas de solution, or elle en propose. De toutes simples : d’abord, « ne pas évincer les pêcheurs artisans du débat public. On entend beaucoup les scientifiques, les politiques, les ONG, et eux n’ont presque plus la parole ».

Ensuite, en tant que consommateur, chacun peut agir, en achetant les produits de la pêche artisanale locale plutôt que le saumon et les crevettes d’importation, qui restent les rois des rayons malgré des conditions de production parfois douteuses (du côté environnemental comme social). « Il faut revenir aux fondamentaux. La pêche artisanale est une activité de cueillette, les pêcheurs en vivent et en font vivre d’autres personnes. Il ne s’agit plus de sauver les poissons mais les hommes. Et on peut tous agir sur ce secteur. »

Avant que tout ne soit privatisé… Aussi la production pourrait s’accélérer pour que la sortie de ce film, programmée fin janvier, arrive avant ou pendant la Cop 21. Il est porté, pour l’instant, par les chaînes Tebeo, TVRennes et Tebesud. Et produit par Mathilde Jounot elle-même via sa société Portfolio Production.

Scénariste et réalisatrice, elle est aussi auteure. Son livre « Priez pour ceux qui restent à terre… ceux qui sont en mer, ils se démerdent », contant les mémoires de l’armateur à la grande pêche Fernand Leborgne (prix Nausicaa 2008), l’a initiée au monde de la pêche. Elle s’est ensuite intéressée à son économie mondiale.

 

AJOUT : CAMPAGNE DE FINANCEMENT PARTICIPATIF

Un crowfunding est en cours sur ce film depuis le 10 octobre, sur le site touscoprod.com

 

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