Le labo de la Cop 21 s’appelle navire

 Billet d’André THOMAS, rédacteur en chef du « marin »

 

Urgent, prédominant, planétaire. Le problème posé par le réchauffement climatique, qui sera débattu du 30 novembre au 11 décembre à Paris, est si énorme que l’éparpillement et les demi-mesures ne sont plus de mise. Pas plus pour les questions maritimes que pour le reste.

La relation entre climat et océan est double. D’une part, l’océan est victime du dérèglement climatique. D’autre part, les activités maritimes contribuent à ce dérèglement. Certes, tant que le principe d’Archimède restera en vigueur, le transport par mer ou fleuve restera le plus écologique qui soit, à la tonne transportée. N’empêche qu’en valeur absolue, le transport maritime mondial envoie autant de gaz à effet de serre dans l’atmosphère qu’un État se situant entre l’Allemagne et le Japon. Ces émissions pourraient doubler d’ici 2050. Et l’on ne compte ni les navires de guerre ni l’infinité des petits bateaux de pêche ou de transport.

Il se trouve, et c’est un fait dont la communauté maritime pourrait se saisir pour le revendiquer, que le navire est « LE » creuset des technologies de la propulsion. La propulsion marine recourt à tous les stades de distillation des produits pétroliers, au nucléaire, à la vapeur, à l’électricité via la pile à combustible ou le photovoltaïque, à la voile. On a même vu des essais de navires à air comprimé, qu’on devrait considérer sans sourire. Ni l’automobile, ni l’aéronautique, ni le ferroviaire n’utilisent et ne perfectionnent ainsi le spectre complet des modes de génération d’énergie et de propulsion appliqués à la mobilité.

Le vrai laboratoire de la Cop 21, pour ce qui concerne le transport, c’est le navire. L’industrie française est présente dans toutes les technologies nécessaires pour créer – à un coût acceptable – les navires, grands et petits, qui non seulement émettront moins de gaz à effet de serre, grâce au GNL par exemple, mais aussi ceux qui, grâce à la pile à hydrogène, autre exemple, n’en émettront plus du tout. Des travaux, menés avec un peu de soutien de l’État, sont bien en cours, mais les résultats peinent à s’imposer. L’enjeu de la Cop 21 appelle une action d’une autre ampleur.

 


Le 4 septembre, Ségolène Royal lançait ses « dix pistes pour la croissance bleue ».