• La cérémonie de remise à l'eau du BS 64 "Podmoskovye" en août 2015 au au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk. (Photo Zvezdochka)
    La cérémonie de remise à l'eau du BS 64 « Podmoskovye » en août 2015 au au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk. (Photo : Zvezdochka)
  • Le K 51 "Verkhoturye", l'un des six sous-marins nucléaires lanceur d'engins Delta IV de la marine russe. Les silos de lancement de missiles forment une bosse caractéristique derrière le massif.(Photo DR)
    Le K 51 « Verkhoturye », l'un des six sous-marins nucléaires lanceur d'engins Delta IV de la marine russe. Les silos de lancement de missiles forment une bosse caractéristique derrière le massif. (Photo : DR)

Golfe de Gascogne : c’était un « ancien SNLE » russe

Quel est le mystérieux sous-marin russe qu’aurait repéré la Marine nationale dans le golfe de Gascogne au mois de janvier ? Une source bien placée évoque un « ancien SNLE ». Fort probablement, l’un des deux sous-marins espions dont dispose la flotte du Nord russe.

L’alerte a été donnée par L’Obs du jeudi 10 mars. « Selon un haut responsable français, la marine française aurait, début janvier, repéré un sous-marin nucléaire russe dans le golfe de Gascogne, au large des côtes françaises »,indique alors son site internet. L’Obs précise aussi que « le navire, porteur de missiles dotés de têtes nucléaires, proviendrait de la base de SNLE (NDLR : sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) de Mourmansk ».

L’information surprend de prime abord. On peut se demander ce qu’un tel bâtiment pouvait bien faire à 500 km des côtes françaises. Discrets par nature, les SNLE ont vocation à se « diluer » dans l’océan. Ils doivent tout faire pour éviter d’être détectés. En matière nucléaire, il ne s'agit pas d'un outil de gesticulation contrairement aux bombardiers stratégiques russes aperçus ces temps-ci dans le ciel européen.

Mini-sous-marins

 La piste de « l’ancien SNLE » mène soit au BS-64 Podmoskovye, soit plus probablement au BS-411 Orenburg qui appartient lui aussi à la flotte du Nord.

« Peu probable que ce soit le BS-64 (ex- Delta IV) qui n'a pas encore entamé ses essais après refonte, écrit au marin le webmaster de soumarsov.eu, un site internet spécialisé. S'il s'agit bien d'un ancien SNLE, ce ne peut être alors que le BS-411 Orenburg. C'est un ancien Delta III modifié pour l'emport de mini-sous-marins. Il a été utilisé à plusieurs reprises pour emporter des mini sous-marins destinés à la plongée à grande profondeur, notamment pour l'exploration des fonds de l'Arctique. Tout comme ces mini-sous-marins, il dépend organiquement de la 29e diviziya de sous-marins de flotte du Nord, unité qui dépend directement de la Direction de la plongée profonde (GUGI) du ministère de la Défense russe. »

Quant au BS 64 Podmoskovye, ex-K 64, cet ancien sous-marin nucléaire de la classe Delta IV a été remis à l’eau au mois d’août 2015 au chantier naval Zvezdochka de Severodvinsk. Tous les silos de lancement de missiles balistiques de la section centrale ont été remplacés par des installations permettant de mettre en œuvre des mini-sous-marins, habités ou non.

Selon les informations disponibles, le Podmoskovye servirait de bateau-mère au petit sous-marin nucléaire Losharik. Long d’environ 70 mètres, celui-ci est conçu pour la recherche scientifique, le sauvetage et les opérations spéciales militaires. Le Podmoskovye pourrait aussi mettre en œuvre le Klavesin-1R, un véhicule sous-marin autonome servant à des missions de surveillance et d’études acoustiques.

L’un de ces sous-marins espions aurait donc été surpris à fureter pas très loin de l’Île-Longue, la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français. Toutes les marines disposant de SNLE cherchent à savoir ce que font leurs homologues. Cela passe par la surveillance des mouvements aux abords des bases qui abritent ce type de bâtiment. Les Russes font ce que tout le monde fait. Mais là, ils auraient été pris la main dans le sac.

Les Français disposent d’une expertise reconnue dans le domaine de la lutte anti-sous-marine, élément clé pour la crédibilité de la force de dissuasion. Ils viennent sans doute de le prouver encore une fois.