Le site de Lanester n'emploie plus que la moitié de son effectif mais dispose encore d'infrastructures intéressantes. (Photo :  STX France)
Le site de Lanester n'emploie plus que la moitié de son effectif mais dispose encore d'infrastructures intéressantes. (Photo : STX France)

Les CMN intéressées par STX Lanester pour le contrat saoudien

De sources concordantes, les Constructions mécaniques de Normandie (CMN) ont proposé à STX France de reprendre leur site de production à Lanester, près de Lorient, pour y construire des patrouilleurs pour l'Arabie saoudite.

Des représentants du chantier normand y ont d’ailleurs réalisé deux visites en fin d’année. Le chantier cherbourgeois (350 salariés plus un volant d’intérim) n’est présent en tant que tel qu’à Cherbourg. Il y a annoncé un projet d’extension de son site de production afin de l’amener bord à quai, ce qui lui fait défaut actuellement.

Les CMN appartiennent à l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, qui possède également, selon un schéma capitalistique méconnu incluant le holding Privinvest, tout ou partie de chantiers navals à Hambourg (Blohm & Voss), Kiel (HDW), Abou Dhabi (Abu Dhabi Mar), Skaramanga, près d’Athènes (Hellenic Shipyard). Des chantiers qui réalisent l’essentiel de leur activité dans deux domaines, les yachts et les navires militaires.

Le chantier STX de Lanester, sur le site du Rohu, n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même, un plan social ayant ramené l’effectif à une quarantaine de personnes. Il n’intervient plus que comme atelier décentralisé pour le compte de Saint-Nazaire ou en sous-traitance pour DCNS ou Raidco marine. Les infrastructures (un atelier et un slipway donnant sur le Scorff) permettent de construire des navires jusqu’à une centaine de mètres. Avec l’avantage d’une halle couverte qui se révèle indispensable sur certains navires tels que les yachts (peintures).

 

Les patrouilleurs saoudiens acquis aux CMN

 

Même si aucune confirmation officielle n’a été donnée, les CMN – qui se refusent à tout commentaire – sont considérées comme les vainqueurs de la longue et tumultueuse compétition qui les a opposées à Couach, Ocea et Kership (alliance DCNS-Piriou pour le segment des OPV) pour la fourniture d’une trentaine de patrouilleurs d’une trentaine de mètres, pour un contrat estimé entre 500 et 600 millions d’euros.

Ce serait donc avec un plan de charge nourri que les CMN arriveraient à Lanester, du moins lorsque le contrat entrera en vigueur. Ce qui peut prendre quelque temps pour des raisons financières et diplomatiques. Mais, précisément, STX a plutôt besoin actuellement de son site morbihannais, en raison de son plan de charge très lourd en paquebots.

Autre point de convergence possible, syndical celui-là : une présence forte de la CGT aussi bien à Lanester, qu’à Saint-Nazaire et Cherbourg. La CGT de STX Lanester voit donc d’un bon œil la possible reprise par les CMN, alors qu’elle se méfie de l’autre candidat, le groupe concarnois Piriou, où la présence syndicale est plus ténue.

 

De nombreux avantages

 

Pour Iskandar Safa, le site du Rohu présente bien des avantages : non seulement une capacité de production supplémentaire, mais aussi une présence dans la commune dont la maire est la sœur de Jean-Yves Le Drian, en plein fief du président de la région Bretagne, qui, même lorsqu’il ne sera plus ministre de la Défense, conservera un carnet d’adresses international exceptionnel, précieux lorsqu’on vend des navires militaires.

Piriou propose lui aussi depuis plusieurs mois au moins la reprise de STX Lanester. Mais le courant passerait moins bien entre la direction de STX France et le groupe concarnois. Les succès de ce dernier se sont multipliés ces derniers temps, causant, peut-être, de l’agacement : pour la Marine nationale, quatre B2M de 65 mètres, quatre BSAH de 70 mètres, obtenus via Kership en alliance avec DCNS ; pour le district des Taaf, un navire polaire de 72 mètres ; pour le conseil général du Morbihan, un navire de desserte des îles de 43,50 mètres.

Piriou défend avec constance le principe d’une industrie navale de Bretagne sud dont les deux plus importantes composantes, avec DCNS, sont de plus alliées. Et souligne le fait que faute de disposer d’un site complémentaire, il est déjà contraint de sous-traiter en Pologne, comme c’est le cas pour le navire polaire.

Un comité d’entreprise doit se dérouler le mardi 26 à Lanester et le un autre le jeudi 28 à Saint-Nazaire. Certains aspects de ce dossier susceptible de redessiner la carte de la construction navale dans l’ouest pourraient y être évoqués. L'État aura son mot à dire puisqu'il détient une minorité de blocage au capital de STX France.