Les Somaliens jugés à Rennes avaient tenté d'attaquer un cargo avant de se rabattre sur le voilier de la famille Lemaçon, la "Tanit".
Les Somaliens jugés à Rennes avaient tenté d'attaquer un cargo avant de se rabattre sur le voilier de la famille Lemaçon, la "Tanit".

"Tanit": la vie de misère des trois Somaliens accusés de piraterie

Trois jeunes Somaliens accusés d'avoir piraté le voilier Tanit au large de la Somalie en 2009, au bord duquel le skipper Florent Lemaçon a trouvé la mort, ont raconté leur vie de misère dans un pays dévasté, le lundi 14 octobre, au premier jour de leur procès à Rennes.

Alors qu'ils étaient complètement démunis, des chefs pirates les aident en 2009, fournissant vêtements ou encore drogue (khat), puis 100 dollars pour effectuer un "travail", ont-ils expliqué. Kalachnikov en bandoulière, ils tentent sans succès de détourner un cargo, l'African Star, puis, à cinq dans une vedette, se rabattent sur la Tanit, le petit voilier de voyage de la famille Lemaçon. Pour deux des accusés au moins, c'est la première action de piraterie.

À la barre, Mahamoud Abdi Mohamed, qui ne sait pas s'il a 26 ou 27 ans, raconte une enfance dans une famille de nomades dont le père meurt "par accident", tué d'une balle, quand il a 8 ans. A 12 ans, il s'occupe de l'élevage de chèvres familial mais, après avoir perdu quasiment tous ses animaux lors d'une grande famine en 2005, il se rabat sur la pêche en 2005.

"Faire vivre ma famille"

"Il n'y avait pas d'autre travail que la pêche, ma seule préoccupation c'était de faire vivre ma famille, je risquais ma vie car je ne savais pas nager", explique le jeune, analphabète, qui va accepter en 2009 le travail offert par les chefs pirates, sans savoir, selon lui, qu'il s'agissait de piraterie.

Mohamed Mahamoud, 31 ans, est lui l'un des 20 enfants d'un ex-policier, devenu docker après les troubles des années 1990 en Somalie. Capable d'écrire et de lire dans sa langue natale, il était pêcheur de poissons et langoustes entre la Somalie et le Yémen avant de perdre sa barque lors du tsunami en 2004. Il laisse finalement tomber son activité de pêcheur en 2007. " Le tsunami a provoqué une raréfaction de la pêche, langoustes et poissons ", explique-t-il.

Abdelkader Ousmane Ali, 29 ans, a perdu son père quand il avait 12 ans et a commencé à faire de petits boulots pour faire vivre sa famille. À 16 ans, il devient pêcheur de poissons et langoustes, principalement pour des intermédiaires qui revendent aux Émirats arabes unis. Mais les Emirats vont cesser de s'approvisionner en Somalie et il ne vendra plus qu'au marché local, à bas prix, explique-t-il.

Les trois Somaliens, arrêtés par les forces françaises, comparaissent jusqu'à vendredi pour "détournement de navire par violence ou menace, arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de plusieurs personnes commis en bande organisée".