Trois navires de la SNCM hier à Marseille. Le conflit s’achève après 16 jours de grève. (photo Thibaud Teillard)
Trois navires de la SNCM hier à Marseille. Le conflit s’achève après 16 jours de grève. (photo Thibaud Teillard)

SNCM : fin de la grève grâce à un engagement d’éviter le redressement judiciaire

Les syndicats de la SNCM appelleront ce matin lors des assemblées générales à la reprise du travail. Le Kalliste de la Méridionale, immobilisé depuis le 1er juillet à Marseille avec des moyens néanmoins bien artisanaux, a été débloqué hier soir 9 juillet par la CGT sans nécessiter donc l’intervention des forces de l’ordre. Le conflit qui s’achève n’a eu qu’un mérite : révéler aux yeux de tous ce qui était en train de s’organiser en coulisses depuis des mois, à savoir le passage de la SNCM par la case « tribunal de commerce ». Il a fallu, pour l’éviter, un mois de préavis sans aucune réponse, 16 jours de grève et trois jours de négociations marquées par des allers-retours entre le représentant de l’actionnaire majoritaire Transdev et sa direction générale.

A l’issue des négociations menées jusqu’à hier soir en préfecture de Marseille par le médiateur Gilles Bélier qui s'achèvent sur un relevé de conclusions, toute procédure de redressement judiciaire est écartée jusqu'à la fin de l'année. Le principe d’un moratoire proposé lundi 7 juillet par les élus marseillais est ainsi validé. Pour se faire, le conseil d’administration de Transdev, qui se réunissait hier après-midi, a donné son accord pour débloquer les 60 millions d’euros sous séquestre issus de la prime d’assurance du Napoléon Bonaparte et que l'actionnaire réservait à un plan social. Avec cet argent frais et la saison qui va pouvoir enfin se dérouler, la SNCM n’a donc plus aucune raison de se retrouver en cessation de paiement. C’est le fameux « cadre sécurisé » que réclamaient les syndicats.

Que va-t-il se passer maintenant ? Des négociations avec la direction vont s’ouvrir pour essayer de trouver un avenir à la SNCM. Il y aura probablement à négocier un plan social qui viendra en plus du plan de départs volontaires obtenu par la direction précédente, même si on ne connaît pas son ampleur.

Les syndicats se battront certainement pour obtenir le maintien des lignes au départ de Toulon, afin de ne pas laisser le marché à Corsica Ferries. Le projet doit être défini d’ici fin octobre et être validé par les salariés avant fin novembre. Mais les syndicats nourrissent une grave crise de confiance envers l’actionnaire Transdev et l’Etat. La médiation Bélier continuera donc tout au long de cette période avec un point d’étape prévu en septembre. Parallèlement, les syndicats ne devraient pas manquer de nouer un contact avec les repreneurs intéressés. Réussir la sortie de Transdev, souhaitée par l’actionnaire lui-même, n’est pas la moindre affaire des semaines à venir. L’ex-président d’Armateurs de France Christian Garin et Siem doivent ainsi présenter une offre ferme d’ici la fin du mois.

Le relevé de conclusion reprend en préalable les positions des syndicats, de l’actionnaire et de l’Etat. Depuis le 4 juillet, le gouvernement, par les voix de Frédéric Cuvillier puis de Manuel Valls (qui l'a encore répété hier à l'Assemblée nationale, semant le trouble en préfecture de Marseille), s’est dit favorable au redressement judiciaire. Qui dit redressement judiciaire dit pourtant – c’est écrit noir sur blanc dans l’article 43 du contrat de délégation de service public – la perte du contrat de DSP Marseille-Corse qui est le socle de la SNCM. Le gouvernement ne le sait-il pas ? Ou veut-il au contraire y arriver pour privilégier une autre compagnie? Hier après-midi à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a tenu un discours particulièrement dur, semblant ignorer que l’attitude du gouvernement depuis des mois n’est pas pour rien dans la détermination des grévistes. « Le Premier ministre profite du dossier SNCM pour présenter une posture de fermeté à une opinion publique manipulée », raille Pierre Maupoint de Vandeul, au nom des officiers CFE-CGC.

Le Premier ministre doit recevoir aujourd’hui des représentants des acteurs socioéconomiques corses, remontés par ces 16 jours de grève. Hier matin à Bastia, à l’issue d’une manifestation devant la préfecture, l'agence de la SNCM a été vandalisée, une maquette du Monte Cinto jetée à terre et des graffitis « SNCM Fora» (SNCM dehors en langue corse) écrits sur les murs. Pas besoin de chercher bien loin l’ombre des nationalistes corses qui n’ont pas dit leur dernier mot. Leur objectif immuable : créer une compagnie régionale sur ce qu’ils espèrent un jour être les cendres de la SNCM. Mais pour l'heure, la compagnie vit encore.