Pour Frédéric Alpozzo, leader des marins CGT de la SNCM, « la parole de l’Etat ne vaut plus rien ».  (photo Thibaud Teillard)
Pour Frédéric Alpozzo, leader des marins CGT de la SNCM, « la parole de l’Etat ne vaut plus rien ». (photo Thibaud Teillard)

SNCM : un nouveau patron, Olivier Diehl, mais plus question de nouveaux navires

Olivier Diehl, président du directoire, et Marc François, directeur financier, sont les nouveaux patrons de la SNCM. Ces deux hommes choisis par l’actionnaire majoritaire Transdev (filiale à 50/50 de Veolia et de la Caisse des dépôts et consignation, institution publique) ont été désignés hier en conseil de surveillance avec les voix des trois administrateurs de l’Etat actionnaire (à 25 %).

300 salariés réunis devant l’entrée du parc des expositions de Marseille où se tenait la réunion ont crié leur colère et même leur fureur. Le PDG de Transdev a quitté les lieux sous protection policière. « Nous avons confié au directoire la mission de rencontrer l'ensemble des parties pour assurer d'abord le succès de la saison d'été, qui est primordial, et trouver des voies pour assurer l'avenir de l'entreprise et de ses activités », a simplement déclaré Jean-Marc Janaillac.

L’Etat a choisi de soutenir le plan Transdev qui passe par un démantèlement de la SNCM : fermeture des lignes de Nice et Toulon après l’été et non renouvellement de la flotte. Autrement dit l’abandon du projet industriel de la SNCM qu’un communiqué du secrétaire d’Etat aux Transports préférait hier soir appeler « approfondir la faisabilité financière de l’acquisition de nouveaux navires ».

Le hic, c’est que quand, sur Twitter, Frédéric Cuvillier affirme hier que « le gouvernement a tenu ses engagements pour cette société qui assure une mission de service public », il oublie toutes les promesses de lancer le renouvellement de la flotte avant l’été qu’il a lui même prises en janvier ou le 31 mars, sans parler de toutes ses annonces au fil de l'année 2013.L’ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’était aussi fortement engagé par courrier le 31 décembre.

Les salariés avaient accepté les efforts de productivité demandés en échange de la commande de quatre nouveaux navires. « Cela vaut donc dire que la parole de l’Etat ne vaut plus rien », s’étrangle Frédéric Alpozzo, le secrétaire des marins CGT de Marseille.

« De manière très officielle dans l’ensemble des longs débats du jour, l’Etat donne totalement la main à Transdev et renie l’ensemble des arbitrages donnés au plus haut niveau depuis 17 mois », s’insurge Pierre Maupoint de Vandeul, administrateur salarié CFE-CGC.

Les salariés de la SNCM ont parfaitement compris mercredi soir qu’ils étaient baladés depuis plus d’un an et demi. Un conflit dur va donc avoir lieu cet été, à partir du 24 juin. Mercredi en début d’après-midi, tous les syndicats portuaires CGT de Marseille (dockers, grand port maritime, réparation navale, douane…) ont tenu une conférence de presse pour afficher leur solidarité avec les marins de la SNCM.

Selon eux, l’effondrement programmé de la compagnie va avoir des conséquences en cascade pour l’emploi et la filière maritime. Le port de Marseille, qui réussissait depuis trois ans à se relever de son image de non-fiabilité, sera très probablement bloqué.

La saison des croisières, un secteur que les élus marseillais jugent vital pour l’économie de la ville, sera pour le moins sportive. « Le gouvernement a-t-il pris conscience de l’ampleur du désastre qui s’annonce pour les bassins Est de Marseille ? », interroge Ludovic Lomini, le secrétaire CGT des dockers de Marseille.