Vers un déblocage du conflit SNCM. Les négociations reprennent ce matin en préfecture de Marseille. (Photo : Thibaud Teillard)
Vers un déblocage du conflit SNCM. Les négociations reprennent ce matin en préfecture de Marseille. (Photo : Thibaud Teillard)

SNCM : la fin du conflit semble se profiler

Des négociations avec le médiateur Gilles Bélier ont duré toute l’après-midi hier en préfecture et se sont achevées à 22 h pour reprendre ce matin à 9 h 30. L’heure est manifestement à l'apaisement. « Le médiateur peut et doit revenir avec le déblocage attendu de l'actionnaire Transdev qui permette une mise en oeuvre loyale de sa mission », indiquait hier soir à l’issue de la première journée de négociations la CFE-CGC. Mission dont le syndicat de l’encadrement souhaite qu’elle aboutisse aujourd’hui « à un projet de protocole et de calendrier, sécurisés et sûrs, qui paraissent accessibles au terme des discussions de ce jour ».

De son côté, à la reprise des discussions ce matin, la CGT officiers (majoritaire à la SNCM) dit s’inscrire pleinement « dans une logique de consensus, après les mensonges d’Etat. Nous proposons d’être partie prenante de la construction de l’avenir de la SNCM en travaillant avec le directoire dans les mois futurs à un projet industriel qui pourrait être partagé par toutes les parties. Le préalable posé est de sécuriser le cadre financier de l’entreprise afin d’écarter toute procédure collective au tribunal de commerce et ce, au moins jusqu’en juin 2015 ». Transdev était donc très attendu ce matin pour garantir ou non ce cadre.

A l’issue de cette nouvelle journée de discussions ce 8 juillet, l’assemblée générale des salariés décidera si le travail reprend à la SNCM après 15 jours de conflit. Paradoxalement, le courrier du secrétaire d’Etat aux Transports adressé dans la soirée du 4 juillet aux syndicats a fait bouger les lignes. Frédéric Cuvillier, a révélé publiquement que, pour le gouvernement, le redressement de la SNCM « pourra passer par un redressement judiciaire ». Position validée ensuite durant le week-end par le Premier ministre, Manuel Valls. Pour la première fois, l’Etat révèle ses intentions, identiques à celles affichées par l’actionnaire majoritaire Transdev. Ce discours de vérité était exigé par les salariés et les élus marseillais et corses. Il a logiquement suscité la colère de la CGT qui a traité le secrétaire d’Etat de « liquidateur ».

Mais il a permis aux élus de préparer une solution pendant le week-end. Hier, le maire UMP de Marseille Jean-Claude Gaudin, le président de la communauté urbaine Guy Teissier et le président (ex-PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, ont proposé ensemble un moratoire de quatre mois (lire nos informations d’hier). Le marché : le travail reprend mais la SNCM évite jusqu’à fin octobre le tribunal de commerce pour qu’une offre de rachat dans la continuité soit négociée. Celle que présentera fin juillet l’ex-président d’Armateurs de France, Christian Garin, et le conglomérat norvégien Siem, semble privilégiée. Elle prévoit une SNCM amaigrie mais jusqu’à 6 navires neufs et une solution pour les contentieux européens.

A Bastia, les socioprofessionnels, qui avaient menacé de bloquer les ports dès ce 7 juillet, ont adressé hier un « dernier ultimatum », qui prend fin aujourd’hui 8 juillet à 18 h, afin que le Kalliste (l’un des trois navires de la Méridionale, qui reste à quai à Marseille) « soit enfin libéré et qu’un quai sécurisé à Marseille nous soit dédié ». Ajoutant : « Si nos demandes réitérées n’étaient pas entendues, nous appelons l’ensemble du monde socioprofessionnel, du monde agricole et la société civile à une mobilisation générale mercredi 9 juillet à 10 h devant la préfecture de Haute-Corse ».

Le président de l’Exécutif corse, Paul Giacobbi, a quant à lui donné jusqu’à ce mardi 8 juillet aux grévistes pour reprendre le travail sous peine de suspendre tout versement public à la SNCM dans le cadre de la délégation de service public et de rendre exécutoire la condamnation de Bruxelles obligeant la SNCM à reverser à la Corse les sommes perçues dans le cadre du service complémentaire de DSP. Pas simple: cette somme reste à préciser car de nombreux recours n’ont pas été épuisés. La SNCM peut, de son côté, exiger des montants équivalents, voire supplémentaires, auprès de la Corse pour avoir exécuté un contrat jugé illégal.

A Marseille, les professionnels du port, à travers l’Union maritime et fluviale et le Club de la croisière, sont montés au créneau pour dénoncer « les conséquences graves et durables pour le territoire » des « entraves et blocages que subissent la desserte de la Corse et la croisière ».

Depuis le début de la grève SNCM, le 24 juin, ils évaluent à 30 000 passagers vers la Corse la perte pour le port de Marseille. « Une prolongation de cette paralysie serait donc catastrophique pour le grand port maritime, les services portuaires, les entreprises de transport routier spécialisés sur cette destination, les manutentionnaires. » Côté croisière, l’UMF recense « 18 escales de croisière annulées, représentant 37 100 passagers, et une perte de 6,2 millions d’euros ».

Pour l’Union maritime et le Club de la croisière, qui font allusion au blocage du Kalliste, « depuis maintenant une dizaine d’années, la liberté de circulation sur le port de Marseille avait toujours été garantie par la puissance publique dans de pareilles circonstances. L’abandon de cette règle fondamentale serait un très mauvais signal envoyé aux clients du port de Marseille-Fos, qui commençaient à croire en la fiabilité retrouvée et démontrée du port ».

Même si elle est engagée pleinement dans les négociations pour trouver une issue au conflit, la CGT des marins ne lâche pas pour autant le terrain judiciaire puisqu’elle a annoncé hier avoir confié à son avocate, Me Bonnefoi, la mission de déposer plainte avec constitution de partie civile pour qu’un juge d'instruction soit saisi des « faits de conflits d'intérêts » qui mettraient en cause des membres de cabinets ministériels concernés par le dossier SNCM. Son leader, Frédéric Alpozzo, dit avoir de nombreuses pièces à la disposition de la justice.