Grève ou pas grève, le scénario de disparition de la SNCM actuelle est écrit. Les salariés vont essayer de l'enrayer. (Photo Thibaud Teillard)
Grève ou pas grève, le scénario de disparition de la SNCM actuelle est écrit. Les salariés vont essayer de l'enrayer. (Photo Thibaud Teillard)

SNCM : la grève débute, ultime arme des salariés pour tenter d’enrayer la chronique d’une mort annoncée

L’intersyndicale de la SNCM (hors Syndicat des travailleurs corses, qui ne représente que 10 % des voix aux élections professionnelles) appelle à partir de ce 24 juin à une grève reconductible. Le concurrent Corsica Ferries, en lien avec l’Office des transports de la Corse, a d’ores et déjà prévu de mettre de la capacité supplémentaire au départ de Toulon, notamment pour absorber le fret.

Faire grève au début de la saison touristique est une arme lourde à un coup qui suscite un feu nourri de critiques, en Corse et chez tous ceux pour qui SNCM égale grève. Mais, s’ils veulent garder un (mince) espoir de sauver la compagnie actuelle, les syndicats ont-ils un autre choix ?

Inlassablement, le scénario de la chronique d’une mort annoncée s’écrit de semaine en semaine. Veolia Environnement et Transdev ont anticipé dans leurs comptes 2013 la sortie de leur filiale par une procédure collective et un scénario de discontinuité (autrement dit un démantèlement). A moins de six jours de l’échéance, l’Etat n’a pas honoré ses promesses de valider avant le 30 juin la commande de nouveaux navires, pourtant condition obligatoire pour conserver la délégation de service public (DSP) Marseille-Corse. Et, lors du dernier conseil de surveillance le 20 juin à Paris, les trois administrateurs de l’Etat n’ont pas voulu engager de convention de trésorerie au-delà du 31 décembre, prétextant que l’exercice budgétaire s’achevait à cette date. Mais ce n’est pas l’Etat puissance publique qui était autour de la table mais l’Etat actionnaire (à 25 %). Or, les commissaires aux comptes ne tiennent pas compte des années calendaires. Sans visibilité sur un an, jusqu’en juin 2015, ils ne pourront donc que lancer une procédure d’alerte à l’issue d’un nouveau conseil de surveillance, prévu ce 27 juin à Paris.

Cette histoire de convention de trésorerie est l’ultime pièce du puzzle fatal. Chacun sait que la trésorerie de la SNCM sera à sec avant la fin de l’année. Il manquerait au moins une dizaine de millions d’euros, même sans grève. L’actionnaire, ne laissant pas la main sur ce dossier au nouveau président du directoire Olivier Diehl, refuse de toucher aux 60 millions d’euros mis sous séquestre (pour financer un plan de départs) lors du versement de la prime d’assurance du Napoléon Bonaparte. Hypocrisie un brin assassine : la grève pourra donc être utilisée comme prétexte pour dire que la SNCM doit être placée en procédure collective devant le tribunal de commerce de Marseille alors que, même sans grève, ce plan est déjà programmé.

Dans sa tournée récente auprès des élus et responsables économiques marseillais, le président du directoire Olivier Diehl n’a d’ailleurs pas caché la teneur de la nouvelle SNCM. « C’est une société à moins de 1 000 emplois, qui ne desservira plus Toulon et Nice et qui devra peut-être vendre ses lignes Maghreb », confie un participant à l’une des rencontres.

Dans ce contexte, les syndicats sont placés en situation de choix impossible. Soit laisser la compagnie mourir en ne faisant rien, soit donner l’impression d’accélérer sa mort en faisant grève. Mais le conflit qui débute aujourd’hui est aussi l’unique possibilité de provoquer un sursaut pour la sauver.

Ironie de l’histoire : lors du conseil de surveillance du 20 juin, les administrateurs ont validé le dépôt d’un mémoire indemnitaire permettant à la SNCM de faire valoir ses droits devant la justice administrative auprès de la Corse. Des centaines de millions d’euros sont en jeu à son profit. Les analyses juridiques les plus sérieuses laissent espérer que la deuxième amende – celle du service complémentaire de la DSP – a peu d’espoir de perdurer. Mais, ça, on le saura à l’issue de procédures judiciaires qui prendront du temps. Et l’avenir de la SNCM se joue tout de suite.