Premier jour de grève à la SNCM le 24 juin. Les marins ont commencé à décorer les navires. (Photo : DR)
Premier jour de grève à la SNCM le 24 juin. Les marins ont commencé à décorer les navires. (Photo : DR)

SNCM : quatre navires en grève en Corse, quatre à Marseille

Une grève illimitée a commencé hier à la SNCM, suivie par 70 % des salariés selon la CGT. Une assemblée générale s’est déroulée le matin à bord du ferry Danielle Casanova à Marseille. Une autre a suivi à bord de l’Excelsior lors de son arrivée dans le port phocéen. Deux autres navires seulement, le Corse et le Pascal Paoli, sont arrêtés le long des quais marseillais. Les quatre autres (le ferry Méditerranée, bastion des marins du Syndicat autonome de la marine marchande, à Bastia, les cargos mixtes Jean Nicoli, Monte d’Oro et Paglia Orbarespectivement à Porto-Vecchio, Ile-Rousse et Ajaccio) sont en Corse. Occuper l’espace portuaire, limité en Corse, permet de rendre plus compliqué le déploiement d’une offre maritime alternative. L’Etat laissera-t-il faire et combien de temps ? La stratégie qui se joue à Paris semble être celle du pourrissement, voire même peut-être de l'attente d'incidents. Des arrêtés préfectoraux interdisant pour chaque port corse, sous peine de peines et amendes, « le rassemblement ou le stationnement des navires dans les limites administratives», «dans un rayon d’un mille nautique » ou « des accès portuaires » ont été pris le 23 juin par le préfet maritime et les préfets corses. Leur traduction concrète par les forces de l’ordre en dira long sur la manière dont l'Etat veut répondre à la grève. Côté réponse aux demandes syndicales, il n’y a en tout cas pas eu la moindre avancée d’avant-grève alors que les préavis courent pour certains depuis un mois. Le conseil de surveillance du 20 juin a témoigné des sombres perspectives engagées (lire nos informations d'hier).

Hier, au premier jour du conflit, l’offre de Corsica Ferries au départ de Toulon est restée la même. Tous les regards se tournent vers le partenaire de la SNCM, la Compagnie méridionale de navigation. Dans un communiqué diffusé le 24 au soir, la Collectivité territoriale de Corse (CTC) indique que, « en plein accord avec la CMN (…) », pour le fret, « la CMN va déployer toutes ses capacités, pour assurer la quasi-totalité du trafic entre le port de Marseille et les principaux ports insulaires. La CTC a dès à présent informé les organisations représentatives des transporteurs de cette solution. Cette réponse immédiatement opérationnelle permet donc de s’adapter aux besoins de l’ile : une couverture optimale qui, en termes de capacité, voit la CMN assurer la quasi-totalité des besoins ». De quelle capacité s'agit-il? La CMN rajoute deux rotations sur Ajaccio (demain et samedi) et une sur Bastia (dimanche) mais n’a que trois navires sous pavillon français, déjà affectés à la Corse, le quatrième (le chypriote Scandola) étant frété en Espagne pour la desserte d’Ibiza. Côté passagers, la CTC indique que « la CMN va optimiser ses capacités d’accueil sur les lignes du service public, c’est-à-dire pour les lignes au départ ou à destination du port de Marseille. Il convient de préciser qu’en cas de prolongation du conflit, des mesures ont également été envisagées et sont prêtes à être mises en œuvre », s’engage la CTC.

Un collectif de socioprofessionnels corses, Dumane da fà, a organisé ce 24 juin un rassemblement devant le siège de la SNCM à Ajaccio, fermé par un rideau de fer. Des parpaings ont été posés symboliquement.

Demain 26 juin, le mouvement pourrait monter d’un cran au niveau national. La CGT appelle à un mouvement interprofessionnel qui, sur fond de conflit SNCM, sera particulièrement suivi chez les marins et les dockers.

Dans une lettre ouverte au Premier ministre datée du 23 juin, le syndicat national des officiers CFE-CGC dénonce l’absence de réponse du gouvernement sur deux dossiers emblématiques, l’élargissement de la loi de 1992 sur la protection du pavillon pétrolier et le dossier SNCM. « L’attitude des représentants de l’Etat contribue (…) à la dégradation de l’emploi maritime », écrit son secrétaire général, Patrice Le Vigouroux, ancien commandant de la Compagnie méridionale de navigation.