Hubert Ardillon, président de l’Association française des capitaines de navires, estime nécessaire l’ouverture d’une enquête suite au talonnage du « Mega Express 5 » de Corsica Ferries. (Photo : Eric Houri)
Hubert Ardillon, président de l’Association française des capitaines de navires, estime nécessaire l’ouverture d’une enquête suite au talonnage du « Mega Express 5 » de Corsica Ferries. (Photo : Eric Houri)

« Mega Express 5 » : les capitaines de navires s’interrogent sur les pressions de Corsica Ferries

Selon nos informations, le BEAMer (bureau enquête accident) a fait partir hier les lettres de mission permettant de lancer l'enquête officielle sur les suites de l'incident survenu le 31 mai au ferry Mega Express Five de Corsica Ferries.

Après les officiers CGT et CFE-CGC, c’est l’Association française des capitaines de navires (Afcan) qui monte au créneau pour s’interroger sur la manière dont a été gérée l'affaire par Corsica Ferries. « Suivant les informations qui nous sont parvenues, le navire aurait talonné au sortir d'Île-Rousse, talonnage ayant provoqué une entrée d'eau dans un espace vide du navire, entraînant le non-respect de la réglementation de la stabilité après avarie, indique son président, Hubert Ardillon, ancien commandant de pétrolier. La réglementation française impose au capitaine du navire la déclaration de tout incident relatif à la sécurité du navire, de la navigation et de ses passagers. Aucun signalement au Cross n'a été fait. Le propriétaire du navire aurait, en outre, déclaré qu’« il n'y avait pas nécessité de prévenir l'administration maritime puisque aucune pollution n'était à craindre ». Même en l'absence de risque de pollution, l'Afcan s'interroge sur les fondements d'une telle déclaration, considérant que la présence d'un millier de passagers à bord est, en soi, une raison largement suffisante pour informer le Cross de ce type d'incident maritime. »

L'Afcan s'interroge donc « sur les pressions que le capitaine aurait pu subir de la part de son armement pour minimiser l'incident. Elle estime nécessaire l'ouverture d'une enquête sur un talonnage d'un navire à passagers qui s'est produit dans les eaux territoriales françaises ».

Hier, Corsica Ferries a réagi aux interventions des syndicats d’officiers français, estimant que la compagnie « ne s’est jamais permise d’exploiter les malheurs de son concurrent SNCM dans des cas équivalents de navires en difficulté et même plus graves ou à sa situation économique passée et actuelle ». Corsica Ferries affirme être « depuis toujours extrêmement concernée par la sécurité de ses passagers et de ses personnels » et, dans l’affaire du Mega Express Five, avoir « collaboré pleinement avec les autorités compétentes italiennes et françaises », estimant que « l’ensemble des procédures de sécurité ont été scrupuleusement mises en œuvre ».