Le « Mega Express 5 » a talonné le 31 mai en sortie d’Île-Rousse et a continué à naviguer deux jours avant de passer en cale sèche. (Photo : Thibaud Teillard)
Le « Mega Express 5 » a talonné le 31 mai en sortie d’Île-Rousse et a continué à naviguer deux jours avant de passer en cale sèche. (Photo : Thibaud Teillard)

Corsica Ferries : questions après le talonnage du « Mega Express 5 »

Selon Corsica Ferries, l’équipage du ferry italien Mega Express Five a ressenti une « vibration » le 31 mai à l’appareillage d’Île-Rousse, alors que le pilote venait de débarquer. Selon un témoignage anonyme recueilli par le marin, le bruit a été cependant conséquent.

Après une rotation sur Toulon, le navire se présente à Bastia le 1er juin au matin. À l’entrée du port, black-out. Selon la préfecture maritime de Toulon, le navire, pilote à bord, a évité des pêcheurs avant de rejoindre le quai avec un remorqueur paré.

Après une heure trente d’intervention sur les générateurs, il repart pour Île-Rousse et effectue une dernière rotation pour Toulon avec un peu plus de 1 000 passagers et 87 membres d’équipage. À bord, affirme Corsica Ferries, c’est à ce moment-là seulement que l’équipage découvre une « légère » entrée d’eau dans une soute à combustibles. À l’arrivée à Toulon, des plongeurs mandatés par la société de classification Rina attendent le Mega Express 5 et découvrent une éraflure sur 50 mètres de long avec une fissure de 4 cm. Le navire part à vide dans la soirée même pour La Spezia où il reste en cale sèche du 2 au 9 juin.

Questions : Corsica Ferries n’a-t-il pas joué avec la sécurité de ses passagers, d’abord, et avec l’environnement marin, ensuite ? Informé par le marin des détails de l’incident, la préfecture maritime de Toulon s’interroge. « Le black-out total de 10 minutes est l’unique information transmise au CrossMed, indique le porte-parole de la Prémar à Toulon. À aucun moment nous n’avons été informés d’un talonnage. Le contrat de confiance entre le capitaine d’un navire et le centre opérationnel de l’État côtier prévoit pourtant d’être prévenu de manière sincère et complète. La sécurité de la navigation et le respect de l’environnement marin sont au-dessus de tout.»

Selon Corsica Ferries, le black-out n’est pas lié à la présence d’eau salée dans les réservoirs de gas-oil mais « à une baisse de pression de l’air de contrôle sans rapport avec l’événement précèdent », les fameuses « vibrations » ressenties le 31 mai. L’armateur est formel : « Il n’y avait pas de risque de pollution car l’entrée d’eau était dans un « void space » », d’où, selon lui, l’absence de nécessité de prévenir le CrossMed.

Le commandant du Mega Express 5, âgé de 65 ans, a « effectué quelques saisons sur ces lignes » et « était à bord depuis le 16 mai pour une relève d’un mois », justifie Corsica Ferries.

Le centre de sécurité des navires des Affaires maritimes n’a pas pour l’instant eu consigne de diligenter d’enquête particulière. « L’affaire va se traiter entre les deux BEA (NDLR bureau enquête accident) français et italien », se contente de dire Bruno Célérier, directeur adjoint de la direction interrégionale des Affaires maritimes de Méditerranée.

Corsica Ferries affirme avoir remis l’enregistrement VDR (boîte noire) « aux autorités italiennes qui ont effectué une visite ISM additionnelle avant la remise en service qui a eu lieu le 9 juin ». La Prémar aura néanmoins peut-être la curiosité d’écouter les enregistrements VHF du Cross.