Laurent Castaing, directeur général de STX France,  Jean-Marc Ayrault, en compagnie de Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg en janvier dernier à Saint-Nazaire. (photo Eric Martin)
Laurent Castaing, directeur général de STX France, Jean-Marc Ayrault, en compagnie de Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg en janvier dernier à Saint-Nazaire. (photo Eric Martin)

Cession de STX France : un nouveau casse-tête pour Jean-Marc Ayrault et Jean-Yves Le Drian

Le départ annoncé du groupe coréen STX du capital de STX Europe ne tire pas de larmes aux syndicats des chantiers de Saint-Nazaire et Lorient, après l’annonce de la Korea Development Bank de céder STX Europe.

Reste que l’avenir de 2 140 salariés des chantiers et des 4 000 autres que comptent les sous-traitants de Saint-Nazaire et Lorient mobilise syndicats et élus locaux. Tous demandent que l’État organise un nouveau tour de table avec des actionnaires investis et, si possible, français.

Nationalisation, participation de DCNS, Alstom (l’ancien actionnaire historique des chantiers), Technip, EDF, Areva, Total… Un sujet qui se retrouve désormais sur la table du Premier ministre et voisin nantais Jean-Marc Ayrault.

Et ne devrait pas tarder à arriver sur celle du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, dont les racines politiques sont fichées en Bretagne et à Lorient. Où STX emploie 140 salariés et où DCNS dispose de l’un de ses principaux chantiers. Le même Jean-Yves Le Drian qui rappelait clairement à Patrick Boissier, PDG de DCNS, qu’en étant son premier actionnaire et son premier client, c’était bien lui le patron sur les évolutions stratégiques…

Face au changement – déjà évoqué en mai dernier – d’un actionnaire détenant 66,6 % du capital, la plupart des élus et syndicats demandent à ce que l’État français, qui détient le tiers restant depuis une décision de Nicolas Sarkozy (via le FSI) joue un rôle majeur dans la recomposition du capital. Selon Joël Cadoret, élu CGT, « l'intervention de l'État (...) sera nécessaire et indispensable, pour trouver un investisseur industriel qui réponde au besoin du développement maritime et de nouvelles commandes ».

Le délégué CFDT Christophe Morel, estime que « la balle va rapidement arriver dans le camp de l'État actionnaire qui aura un rôle à jouer et nous l'avons déjà interpellé dans ce sens. Sans parler de nationalisation qui ne pourrait être qu'une solution temporaire, faisons de la vente de STX Europe, une opportunité pour créer la filière maritime autour des quelques grands industriels. Nous pensons à DCNS dans les navires militaires, à Alstom et Areva, voire EDF dans les énergies marines renouvelables ou bien Total, Technip dans l'offshore pétrolier. »

Force ouvrière estime pour sa part, par la voix de Jean-Marc Pérez, que « l'heure est venue : l'État doit au minimum prendre le contrôle majoritaire de cette entreprise, voire la nationaliser comme le sont les chantiers navals italiens Fincantieri, qui aujourd'hui fonctionnent bien ».

Le sénateur PS Yannick Vaugrenard a interpellé par écrit Jean-Marc Ayrault, Premier ministre et ex-maire de Nantes, ville voisine de Saint-Nazaire. Il lui a demandé lui aussi que « notre pays surveille les opérations de vente comme le lait sur le feu » et qu’un « tour de table de grands groupes industriels français » soit réuni « à l'initiative de l'État, pour assurer l'avenir industriel du site en envisageant une entrée dans le capital ».

Avis partagé par la députée PS de Loire-Atlantique Marie-Odile Bouillé : « Il revient à l'État de jouer son rôle de stratège et d'actionnaire dans la recherche active d'une solution industrielle. En cas de difficultés, il ne faudra pas écarter l'hypothèse d'une prise de participation majoritaire de l'État, à titre exceptionnel et provisoire, le temps de construire une solution pérenne ».

Tous ont en mémoire la visite à Saint-Nazaire, en janvier dernier, de Jean-Marc Ayrault et de ses ministres Pierre Moscovici et Arnaud Montebourg, venus poser la première pierre de la nouvelle usine d'éoliennes d'Alstom, en compagnie de Patrick Kron, PDG du groupe, celui-là même qui, en 2006 se débarassait des Chantiers de l'Atlantique pour un montant symbolique auprès d'Aker Yards.