Le « Saint Maxime », le 3e navire des moines de Saint-Honorat, a été mis en service en mai. (Photo : DR)
Le « Saint Maxime », le 3e navire des moines de Saint-Honorat, a été mis en service en mai. (Photo : DR)

Cannes : le business miraculeux des moines de Lérins fait tousser

Saint Maxime vient protéger à son tour les précieuses affaires des moines de Saint-Honorat. Le navire, sorti en mars du chantier CNB (groupe Bénéteau) de Bordeaux, a fait mi-mai sa croisière œnologique inaugurale avec, comme il se doit, une escale sur l’île où vivent les moines viticulteurs, au large de Cannes. Cette vedette restaurant de 22 mètres pour 181 passagers appartient à la Compagnie maritime Lérins Saint-Honorat (CMLSH), l’un des deux armateurs appartenant à la congrégation cistercienne.

Les moines sont désormais à la tête de trois navires, seuls admis à accoster grâce à une autorisation exclusive de l’Etat de 2000.

Dans une étude de 162 pages, adressée ce début juin au préfet des Alpes-Maritimes et aux élus et réalisée à la demande de Trans Côte d’Azur (TCA), l’armateur privé qui après 15 ans de procédures judiciaires n’est toujours pas en mesure d’accoster, le cabinet Belda Consultant détaille tous les fils de ce dossier. L’île a reçu 93 000 visiteurs l’an passé et les moines, à la tête de sept sites internet et as du marketing, en visent 110 000. Leur restaurant cartonne. Le chiffre d’affaires monastique atteint 4 millions d’euros pour une redevance d’accostage annuelle payée à l’Etat de… 3 500 euros. Les trois bateaux (d’une capacité totale de 500 passagers) proposent toutes sortes d’excursion (Saint-Tropez, la Corniche d’or, publicités sur groupon.fr, croisières œnologiques baptisées Sea, wine and sun…) qui concurrencent directement les armateurs privés.

Pour le frère Marie-Pâques, économe de la congrégation et responsable des compagnies maritimes, étant donné que les moines ont « l’obligation d’avoir des sociétés commerciales pour leur activité transport, il se trouve que la desserte de Saint-Honorat n’est pas suffisante pour vivre du fruit de son travail. Il fallait trouver d’autres activités. » La congrégation a donc choisi de commander, en France, insiste-t-elle, un navire qui permet à la fois de transporter les matériaux dont elle a besoin et de proposer en complément des prestations de restauration. « Il y avait un monopole pour nous acheminer les matériaux qui nous coûtait cher. » Le religieux affirme que ce nouveau navire a permis de créer 4 à 5 emplois. « Le marché n’est pas saturé. Nous souhaitons que tout le monde vive en paix. »

De quoi faire réagir TCA pour qui l’activité économique des moines (vins, restaurant et les deux compagnies Planaria, qui a le monopole des dessertes régulières de l’île, et CMLSH) semble suffisamment variée et importante pour permettre à l’abbaye de vivre.

« La Congrégation est en capacité d'investir en 2013 dans une holding financière dotée de 786 852 euros de capital social et dans le « Saint Maxime » valant 2,2 millions d'euros », répond Thierry Arnal. Pour le patron de TCA, « il n'existe aucun monopole au niveau de l'exploitation des navires de service susceptibles de desservir l’île puisqu'il y a déjà trois barges en activité dans le port de Cannes (NDLR : dont deux de TCA) en plus de deux entreprises de travaux maritimes ».